Rivières à sec, poissons en danger : l’urgence d’une vraie gestion de l’eau
Face aux rivières à sec et à la faune menacée, les partenaires sportifs de Barbezieux, notamment le rugby et le football, doivent assumer leur image publique et contribuer à limiter les usages non essentiels de l’eau pour protéger durablement les milieux aquatiques.
Depuis 2022, les épisodes de sécheresse se multiplient et s’installent durablement, bouleversant l’équilibre des milieux aquatiques et les mettant en danger. Face à cette situation critique, "Le Pêcheur Barbezilien", soutenu par la Fédération de Pêche de la Charente, a initié des pêches de sauvegarde ciblées. Ces opérations visent à préserver autant que possible les poissons susceptibles de survivre dans des fosses et à dresser un état de la biomasse piscicole afin de suivre son évolution et sa capacité de résilience face aux sécheresses.
Une année 2026 particulièrement précoce et critique
L’année 2026 se distingue par une sécheresse précoce, menaçant d’entraîner une mortalité massive chez les poissons. Cette précocité réduit les marges de manœuvre et impose des choix difficiles, nécessaires à la survie des rivières et de leurs habitants. Le premier enjeu réside dans la sélection des cours d’eau à prioriser pour les opérations de sauvegarde. Sur le Lary, en tête de bassin, la situation devient critique dès le début de l’été, l’assec étant inévitable lors d’années d’étiage comme celle-ci.
Des bassins versants en situation catastrophique
Le bassin de la Seugne n’est passé en « Alerte » que depuis le 16 juillet 2026, mais les restrictions imposées sont jugées tardives et insuffisantes face à la gravité des difficultés. Le Trèfle est entièrement à sec ou en rupture d’écoulement sur la partie charentaise. Sur le bassin du Né, la situation est tout aussi dramatique et irréversible : le niveau de crise 2 interdit tout prélèvement depuis le 2 juillet 2026, excepté pour l’abreuvement des animaux.
Les stations d’eau potable assèchent nos rivières
Dans le secteur, les premiers assecs ont été observés en aval des points de pompage d’eau potable. Malgré des assurances, les stations du Trèfle chez Drouillard et du Beau à Font-Chaude à Salles de Barbezieux ont rapidement révélé des ruptures d’écoulement. Le Beau s’est retrouvé en rupture d’écoulement avant le secteur du Pont à Brac sur le Né, pourtant sensible aux assecs. La station des Bruns, en bordure du Mathé, semble pour l’instant moins impactante. Mais le débit du Mathé peine déjà à soutenir le Né dans le secteur de la Magdeleine. Si la situation continue de se dégrader, l’équilibre du cours d’eau pourrait basculer rapidement, avec des conséquences graves et irréversibles pour la vie aquatique. La station d’eau potable de Criteuil est confrontée à une situation similaire, mais sur un linéaire moindre, uniquement en amont du moulin de la Motte à Ambleville et en aval de la D44. Si la sécheresse perdure ou si les prélèvements augmentent, la situation pourrait rapidement s’aggraver et impacter aussi Le Collinaud.
Gestion des usages de l’eau : priorités et incohérences
Face à l’aggravation de la situation, un arrêté limitant les usages de l’eau potable a été pris le 13 juillet 2026. Pourtant, l’arrosage des terrains de sport de Barbezieux demeure autorisé et se poursuit, alors même que les cours d’eau connaissent des tensions majeures. Cette situation appelle un dialogue rapide avec les partenaires sportifs afin d’adapter les pratiques, de limiter les usages non essentiels de l’eau et de concilier activité sportive, responsabilité locale et protection durable des rivières.
Nous appelons les clubs, collectivités, entreprises partenaires des clubs et responsables d’équipements sportifs à devenir des relais exemplaires de cette sobriété. Récupérer l’eau de pluie, stocker l’eau potable en hiver pour l’utiliser l’été, limiter les surfaces arrosées et réserver l’arrosage aux besoins indispensables enverraient un message clair aux habitants. Le sport local peut montrer qu’il sait se mobiliser pour la santé, la jeunesse et le vivre-ensemble, tout en participant activement à la protection de l’eau et des milieux aquatiques.
Partenaires sportifs : passer des engagements aux actes
Le silence des partenaires sportifs face à la crise de l’eau interroge, car leurs soutiens peuvent contribuer, même indirectement, au maintien de pratiques fortement consommatrices d’eau en période d’étiage, notamment l’arrosage des terrains en période de tension. Les entreprises et structures qui affichent un engagement environnemental ont aujourd’hui l’occasion de le traduire en actes concrets, en encourageant des usages plus sobres et mieux adaptés à l’urgence de l’état de nos rivières. Une prise de position collective aiderait à préserver les rivières, protéger la biodiversité et affirmer le rôle responsable du sport local face au réchauffement climatique.
Sur les 200 km de cours d’eau que nous gérons, 80 % sont à sec ou en rupture d’écoulement. On fait quoi ?
Hiérarchisation indispensable des usages de l’eau
Il devient donc indispensable de rappeler que l’eau potable doit rester prioritairement destinée aux besoins vitaux, à la santé publique et à la sécurité. En période d’étiage sévère, son utilisation pour des usages de confort ou de maintien esthétique, même lorsqu’ils restent autorisés, doit être questionnée collectivement. Cette réflexion concerne aussi les équipements sportifs, qui peuvent jouer un rôle d’exemple en réduisant leur consommation et en montrant qu’une activité locale responsable est compatible avec la préservation des rivières.
- Santé et vie : L’eau potable pour les humains et l’eau pour l’abreuvement des animaux. En évitant de détourner l’usage de l’eau potable.
- Sécurité : Défense contre les incendies et salubrité publique.
- Écosystèmes : Maintien de la vie biologique dans les milieux naturels, en particulier les rivières, en réservant un débit suffisant pour le maintien de la vie aquatique.
- Activités économiques : Agriculture, industrie ou énergie, classées après les besoins vitaux et le maintien de la vie aquatique.
- Confort et loisirs : Lavage des voitures, remplissage des piscines et arrosage des pelouses, interdits en cas de crise.
Cette hiérarchisation permet d’assurer une gestion responsable de l’eau, tout en protégeant durablement les écosystèmes aquatiques et en garantissant les besoins essentiels de la population.
Le saviez-vous ? L’eau potable de notre cantonnement provient des rivières, soit en nappe alluviale, soit en nappe semi-captive, soit en nappe captive. Cependant, toutes les stations ont une incidence sur le milieu aquatique, à plus ou moins long terme, selon les quantités prélevées. Il est donc essentiel de veiller à une gestion raisonnée de la resource pour préserver l’équilibre de nos écosystèmes.
Contraintes sur les opérations de sauvegarde piscicole
Il ne sera pas possible de sauver tous les poissons, car plusieurs contraintes rendent l’opération difficile : l’accès aux sites avec le camion vivier est souvent compliqué, notamment dans les secteurs les plus touchés ou isolés, et le planning de la Fédération de Pêche de la Charente limite la disponibilité des équipes sur l’ensemble du département.
Il est aussi souhaitable de laisser des poissons dans certaines fosses, afin qu’ils puissent survivre à l’été et favoriser ensuite la recolonisation naturelle du milieu aquatique. Leur présence profite également à la faune des rivières, notamment aux loutres et aux hérons, qui contribuent à réguler les écrevisses de Louisiane par prédation. Le martin-pêcheur, oiseau emblématique et fragile de nos cours d’eau, dépend lui aussi de cet équilibre.
Notre rôle n’est pas de faire des pêches de sauvegarde. Il est important de donner des alertes pour les éviter. La gestion des rivières intermittentes, c'est-à-dire qu'on ne les voit couler qu'une partie de l'année, ne peut pas être acceptée. Nous ne pouvons pas tolérer d'avoir à gérer uniquement des espèces qui pourraient causer des déséquilibres biologiques. Nos pêcheurs sont les gardiens du bon fonctionnement de nos rivières. Pour gérer les rivières, il faut de l'eau toute l'année. Lorsqu'on a une sécheresse, il faut un débit suffisant pour maintenir une vie aquatique.
Il est aussi difficile de décider de déplacer des poissons, car cela peut mettre en danger la faune déjà présente en surchargeant le milieu. Un transfert massif peut accroître la concurrence pour l’oxygène présente dans l'eau, augmenter le stress des populations locales, favoriser la propagation de maladies et perturber l’équilibre écologique. Une opération menée avec de bonnes intentions peut donc produire l’effet inverse de celui recherché.
Des acteurs locaux trop peu entendus
Malheureusement, les collectivités jouent un rôle insuffisant dans la protection du milieu aquatique, tant en matière de prévention qu’en situation d’urgence. La Fédération de Pêche, les AAPPMA et les syndicats de rivières ne sont pas suffisamment écoutés, malgré leurs alertes répétées sur la situation dramatique des cours d’eau. Face à l’absence d’actions concrètes et de soutien, il est légitime de s’interroger sur l’utilité de ces structures lorsqu’elles ne sont ni consultées ni accompagnées pour préserver nos ressources naturelles.
Les syndicats de rivières, en partenariat avec l’agence Adour-Garonne, consacrent des moyens financiers considérables pour lutter contre les inondations et la sécheresse, réhabiliter les zones humides, aménager les cours d’eau et créer des frayères. Pourtant, l’absence d’alerte sur les prélèvements d’eau réduit à néant ces efforts, entraînant un véritable gaspillage de l’argent public. Cette situation, injustifiable, met en péril l’avenir de nos rivières et la crédibilité des actions engagées pour leur préservation.
Des espèces emblématiques, comme le brochet, l’anguille ou la lamproie de Planer, l'anodonte disparaissent avec l’assèchement de nos rivières
On ne va pas interdire la pêche, pourquoi ?
Le maintien de la pêche ne répond pas à une logique financière ni à la vente de cartes. Il vise avant tout à conserver une présence responsable au bord de l’eau. Même lorsque les conditions sont difficiles, les pêcheurs restent des sentinelles précieuses : ils signalent les assecs, les poissons en détresse, les pollutions, les incivilités et toute situation anormale à la Fédération de Pêche de la Charente au 05 45 69 33 91 ou à l'AAPPMA au 06 89 65 96 22.
Fermer totalement la pêche réduirait cette vigilance de terrain, alors que l’association a besoin d’observateurs réguliers sur l’ensemble de ses cours d’eau, y compris dans les secteurs peu visibles.
Cette présence permet notamment de :
- Alerter sur les assecs, les débits insuffisants et les poissons en difficulté;
- Surveiller les milieux contre les pollutions, les incivilités et le braconnage;
- Relayer les informations à la Fédération, aux syndicats de rivières, à l'AAPPMA et aux services concernés de la DDT;
- Défendre une gestion de l’eau plus cohérente et protectrice de la vie aquatique.
Une fermeture générale donnerait le sentiment d’agir, mais elle ne réglerait pas les causes principales de la mortalité piscicole : le manque d’eau, les prélèvements et l’absence de débits suffisants. Elle risquerait surtout d’éloigner les pêcheurs des rivières et d’affaiblir le réseau d’alerte.
Maintenir la pêche ouverte, c’est maintenir une vigilance collective au bord des rivières. Il ne s’agit pas d’encourager une pêche sans discernement, mais de préserver la présence des pêcheurs capables d’observer les assecs, les poissons en détresse, les pollutions et les situations anormales, afin de protéger ce qui peut encore l’être et de faire entendre l’urgence d’une véritable politique de l’eau protectrice de la vie aquatique.
Pêcheurs, engageons le combat pour nos rivières !
Nous sommes contraints de rester dans l'attente. Si nos alertes continuent d'être ignorées, nous devrons intensifier nos efforts et nous mobiliser avec détermination pour protéger nos rivières avant qu'il ne soit trop tard.
Ne restons pas spectateurs de l’effondrement de nos rivières. Engagez-vous lors des prochaines élections de renouvellement des AAPPMA : rejoignez celles et ceux qui défendent concrètement le milieu aquatique, portent les alertes sur le terrain et exigent des décisions à la hauteur de l’urgence. La vie de nos cours d’eau dépend aussi de votre engagement.
« Le Pêcheur Barbezilien » Engagé pour le Patrimoine Piscicole d’Aujourd’hui et de Demain !
Engagez-vous et faites-vous connaitre !
L’office français de la biodiversité alerte sur un état des rivières sans précédent